Mbeya

JOUR 20 : LA MOITIE DU VOYAGE !


Déjà la fin de Mbeya !
Nous avons beaucoup appris ici grâce à notre hôte et toutes les personnes qu’il nous a fait rencontrer. Mbeya, c’était une ville, des villages aux alentours, le meilleur café de Tanzanie, différents visages, des jeunes, des plus vieux et de beaux témoignages. Beaucoup de choses ont changé sur l’idée qu’on se faisait de la Tanzanie, ce qui nous a menées à plusieurs remises en question et débats autour de notre projet. Ce que nous pensions trouver nous apparait différemment et nous apprend à toujours nous montrer sceptiques face aux chiffres et autres affirmations. Par exemple, nous pensions que l’Etat accordait de l’importance à l’éducation, suffisamment pour que cela ne soit pas un problème conséquent. Or, les chiffres que nous avions comptaient le nombre d’enfants qui faisaient le trajet maison-école, or le niveau de l’école publique tanzanienne est tellement bas qu’aucune personne que nous avons rencontrée n’en voit l’utilité. Egalement, la jeunesse va jusqu’à 35 ans, ce qui est très différent de l’idée qu’on s’en fait en France.

Il était important qu’à cette étape de notre voyage nous rediscutions de notre projet. Il nous a fallu plusieurs heures de débat pour redéfinir exactement ce que nous appelions l’engagement. Nous avons aussi abordé le sujet des différents supports que nous allions produire. Nous préparons donc, à tous les jeunes ainsi qu’à tous ceux qui nous suivent régulièrement, une vidéo phare avec toutes les idées innovantes trouvées et toutes les personnes rencontrées, une vidéo qui retrace notre projet avec l’idée de départ, sa construction et son aboutissement, une exposition, et enfin un rapport écrit qui prendra la forme d’un plaidoyer. Mbeya était donc une étape nécessaire, car ce qu’il y a de plus important pour nous est que notre projet soit le mieux réussi possible et qu’il touche un maximum de jeunes.

Ces quatre jours nous ont vraiment permis de bien connaitre Artur, nous nous permettons de lui poser toutes les questions possibles et inimaginables qui nous passent par la tête et il y répond toujours avec patience et plaisir. Avec lui, nous avons énormément appris sur la Tanzanie. Ce que je retiendrai de plus important d’Artur est sa générosité, une générosité sincère, spontanée, et presque inconsciente. Nous avions rarement rencontré une personne aussi attentionnée. Après les nombreux débats que nous avions eu avec lui, il était grand temps que nous l’interviewons sur la jeunesse et son engagement pour vous le faire découvrir. Nous avons donc passé la journée dans un grand espace pour cela et pour rencontrer l’équipe de football montée par Youth Build Future, son association. Son interview fut aussi extraordinaire que sa personne, il nous a parlé de sa conviction envers les jeunes, des multiples initiatives qu’il a menées pour ces jeunes et de la caractéristique salvatrice de l’engagement. Comme nous le redira le co-capitaine de foot, l’engagement, selon Artur, sauve. L’engagement a sauvé ce joueur, et peut sauver tous les jeunes de la rue et des activités illégales. Ce joueur dit à tous les jeunes qui l’écoutent « qu’on n’a pas besoin de réussir à l’école pour y arriver, il suffit d’aimer quelque chose et de s’engager ». Artur, en créant cette équipe de football à Youth Build Future, les fait réfléchir sur leur condition, les encourage au dialogue, mais surtout leur donne la possibilité de rêver et de trouver cet engagement qui forge leur personne et qui les sauve. Trois anciens jeunes de l’équipe jouent aujourd’hui dans l’équipe nationale, nous sommes vraiment impressionnées. Je retiens donc de cette énième discussion et de mon voyage à Mbeya qu’il est possible de donner l’envie aux jeunes de s’engager avec une volonté comme celle d’Artur, et que la définition sur laquelle on est tombée d’accord est plus vraie que jamais :

L’engagement c’est le libre choix. Au-delà des obligations, c’est une chose qui nous construit. L’engagement dépasse notre train de vie, notre quotidien et nous permet de nous trouver. S’engager c’est s’épanouir, aimer, s’investir, mais s’engager c’est surtout aller plus loin. 

Radia :)

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TRADITIONS UN JOUR, TRADITIONS TOUJOURS ? (JOUR 18)

Pour la première fois depuis que nous sommes en Tanzanie, nous nous rendons dans un village, Ubaruku, situé à 2 heures de Mbeya. 70% de la population tanzanienne vit dans des villages, il est donc important que nous y pointions le bout de notre nez.

En arrivant, tout le village nous accueille dans leur église, décorée comme pour célébrer un mariage. Quelle émotion lorsque nous traversons la grande pièce, pour rejoindre les chaises et l’estrade magnifiquement décorées, « arc-en-ciellement » colorées. Les gens du village accordent tellement d’importance aux étrangers qui viennent les visiter, tant les venues sont rares. Ils commencent leur messe en Swahili : des chants énergiques et splendides, qui nous émeuvent jusqu’au plus profond de nous, quelle que soit notre religion, nos croyances, notre Dieu. Ce n’est pas seulement un événement religieux, mais cela fait aussi partie de leur culture, de leurs traditions. Après ce petit moment, nous échangeons avec tous les villageois présents dans l’Eglise : hommes, femmes, enfants, jeunes, plus âgés…  Tous ne participent pas à la conversation, mais ils écoutent d’une oreille très attentive. J’ai réellement admiré certaines de ces femmes présentes dans cette salle. Si elles n’ont pas toutes parlé, certaines se sont levées, confiantes, souriantes, sûres d’elles, et affirment haut et fort qu’elles fournissent beaucoup plus de travail que les hommes en pratique, et qu’on pourrait même dire qu’elles sont devenues le chef de la maison. Les hommes réagissent avec humour, mais sans nier ces propos qui semblent être une réalité aux yeux de tous. Pourtant, très très peu de place est laissée aux femmes dans la société tanzanienne ! (Nous ferons un zoom sur ce sujet très bientôt.) L’une de ces femmes, Daniela, est maîtresse d’école depuis 20 ans, et a aujourd’hui 46 ans. Elle dit que si elle s’est consacrée aux enfants, c’est pour assurer leur avenir, leur devenir, car ils sont le futur de nos Nations, les jeunes de demain. « Il y a peut-être un futur président parmi mes élèves ! Qui sait ? ». Il faut donc les éduquer. L’éducation est le maître mot dans toutes les discussions que nous avons pu avoir jusque maintenant.

Les femmes nous ont préparé un délicieux repas, et après les avoir remerciées nous nous rendons à l’industrie du riz, une des industries qui fait vivre le village. Artur nous explique tout le processus : de la récolte du riz à sa mise en vente. Mais dans ce paysage, de petits êtres hauts comme 3 pommes ressortent au milieu de cette atmosphère rizière : ce sont des enfants ! Des enfants qui viennent ici depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil, ou d’autres qui ont la chance d’avoir une éducation scolaire et qui s’y rendent après l’école. Ils ne sont absolument pas payés de la même manière que les adultes qui fournissent le même travail qu’eux dans la journée ! Chaque sac de riz porté sur leur dos et transporté jusque l’endroit voulu leur rapporte 300 Shillings. Un garçon de 13 ans nous dit qu’il peut en transporter 10 par jour. Son salaire journalier est donc de 3000 Shillings, soit 1,5 Euro. Nous posons un tas de questions aux hommes qui nous accompagnent et nous font visiter l’industrie sur les enfants qui travaillent ici : « Ils ne vont pas à l’école ? Combien gagnent-ils ? ». Ils nous répondent très naturellement, parce que le travail des enfants ici est chose commune. Je ne sais pas s’ils ont perçu la tristesse, l’étonnement, et l’indignation sur nos visages, que nous essayons ou pas de cacher. On a beau lire ces faits sur le papier depuis Paris, cette vision sur place, devant eux, nous choque tout autant que si nous découvrions cette exploitation des enfants.

Comme l’a dit Daniela, ces enfants sont la jeunesse de demain. Il faut que leur enfance soit prise en considération, qu’elle soit préservée, éduquée, afin qu’ils puissent s’épanouir durant leur jeunesse. Peut-on le crier sur tous les toits ?

Si les mentalités ont évolué depuis 20ans, si les hommes africains reconnaissent que maintenant certaines considérations, certains comportements n’ont plus lieu d’être, ils continuent de les perpétrer car « c’est la tradition ». Même si la tradition n’a plus de sens aujourd’hui, elle reste une TRADITION, sacrée, bonne, intouchable, irréfutable, forte.

Léa

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« LOVE IS CONTAGIOUS, YOU HAVE TO INFECT PEOPLE WITH LOVE » ARTUR (JOUR 17)

Ce soir, je n’ai pas de mal à prendre la plume tellement la journée a été belle et simple. Nous nous levons sous un beau ciel bleu et une température agréable, puis nous partons sur les pas de l’association d’Arthur : Youth Build Future. Tout au long de la journée, nous essayons d’en apprendre un peu plus sur notre hôte, et chaque découverte nous émerveille un peu plus. Arthur est un homme très gentil et vraiment passionnant.

Il est midi, nous venons de sillonner Mbeya et arrivons au point de rendez-vous. Nous allons assister à un forum tenu par des jeunes où ils discutent de leurs droits. Une cinquantaine de jeunes entre 19 et 30 ans nous attend avec impatience. La majorité n’a pas d’emploi, mais ils veulent quand même changer les choses tout en trouvant une petite source de revenus pour survivre au jour le jour. Ils nous demandent de nous asseoir en face d’eux sur quatre chaises pré-disposées.

La discussion s’engage très vite, les questions fusent, les interrogations aussi. Chacun à notre tour, nous nous étonnons des droits de l’autre. « Quoi ? C’est gratuit d’aller à l’école, même à l’université ? Mais comment fait l’Etat pour tout payer ? » nous demandent-ils. « Non ! Vous n’avez pas le droit de manifester ? Comment est-ce possible ! » nous étonnons-nous. La discussion dure deux bonnes heures, nous avons à peine le temps de poser des questions tellement ils veulent en savoir plus sur la France et sur nous.

Assise en face d’eux, je m’étonne de leur curiosité et de l’intérêt qu’ils portent à quatre jeunes françaises. Je suis fascinée par ces yeux écarquillés lorsqu’on parle d’université. Ici, l’éducation coûte très cher. Une année d’université publique coûte en moyenne 1000$ par an, sachant qu’une famille de fermiers gagne en moyenne 150$ PAR AN. Faites un rapide calcul, maintenant imaginez-vous que le taux de fécondité par femme est de 4,6; vous comprenez donc que TRES peu de Tanzaniens ont la chance de faire des études.

En janvier 2012, à Mbeya, les jeunes ont manifesté parce qu’ils n’avaient pas de travail, et aucune aide pour s’en sortir. Le gouvernement a demandé à l’armée de réprimer la manifestation, ce qui entraîna la violence. C’est pourquoi les jeunes de Mbeya ont eu envie de parler entre eux de leur droit et de s’unir pour être réellement écoutés par le gouvernement. Ils veulent qu’on leur laisse une chance et qu’on leur fasse confiance. 

La discussion dévie sur les jeunes en politique. Nous ne savons quoi répondre, nous n’en savons rien. En rentrant, nous courons sur google, et les chiffres nous stupéfient : 2,6% des parlementaires français ont entre 30 et 40 ans. AUCUN n’a moins de 30 ans (à part Marion Le Pen du FN) ! Ici, environ 10% des parlementaires ont moins de 30 ans. Que faut-il en tirer ? Je ne sais pas. J’ai juste l’impression que faire confiance aux jeunes dans la politique illustre bien la place qu’on est prêt à leur laisser, et l’image qu’on a d’eux. En France, nous sommes persuadés qu’il faut de l’expérience pour pouvoir prendre réellement part aux décisions, mais ne serait-ce pas mieux si nous faisions un mixte entre la jeunesse, son envie de changer les choses, sa force, son ambition et sa folie et les adultes, avec leur raison, leur expérience et leur sagesse. Avec 20% de Français ayant moins de 20 ans, il est nécessaire que nous prenions réellement en compte leur avis, et qui mieux qu’un jeune de 25 ans pour les représenter?

Je voulais absolument finir cet article par notre long diner de ce soir. Comme je vous le disais, Arthur nous accueille avec énormément de générosité, nous apprenons peu à peu à connaître cet homme et sa famille. Ce soir, le sujet principal est l’Afrique. « Le gros problème de l’Afrique, c’est l’Europe et les Etats-Unis » commence Artur. Il nous explique que nous ne faisons que « diviser l’Afrique pour mieux la contrôler », que l’Union Africaine ne pourra pas fonctionner tant que les occidentaux empêcheront une bonne coopération entre les pays africains, que les Anglais fixent le prix du thé, les Américains le prix du diamant et empêchent ainsi les Africains de contrôler pleinement leurs ressources, mais surtout lorsque je lui parle d’un futur utopique où l’Europe regardera l’Afrique d’égal à égal, il nous dit sans mâcher ses mots « hum, vous serez pauvre, car nous sommes tellement riche en Afrique ». C’est vrai, mais c’est dur de l’entendre de sa bouche.

Il finit la discussion en nous disant simplement qu’il faut que le racisme cesse, ce racisme moderne et plus vicieux que nous côtoyons tous les jours. Il faut arrêter de voir les Africains comme des pauvres qui veulent à tout prix venir vivre en France, il faut considérer les Africains comme des hommes au coeur pur simplement. Enfin, il nous parle de l’amour, du vrai amour. De celui que les hommes devraient avoir au fond de leur coeur. De l’amour que chacun d’entre nous devrait ressentir pour n’importe quel être humain. Oui, nous devrions simplement apprendre à nous aimer, et le monde serait plus beau, car l’amour est contagieux, il suffit donc d’infecter le monde d’amour pour apporter le changement.

C’est donc pleine d’amour et d’espoir que je vais me coucher, me promettant intérieurement d’apprendre à aimer les autres sans condition.

Héloïse

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TRAJET DAR ES SALAAM – MBEYA (JOUR 16)

D’un vert grisant à un gris verdâtre
D’un jaune timide à un jaune franc
Une terre noire tannée par le soleil
Des dos-d’âne à faire se pâmer les montagnes russes
Des vaches en forme de babouins qui regardent passer des trains en forme de bus
Il y a aussi il faut le dire
Des sacs et bouteilles en plastique jetés nonchalamment par la fenêtre du bus qui font s’insurger en moi une conscience écolo
Une pause déjeuner si courte qu’elle vous fait revoir l’ordre de vos priorités
La mère qui court avec son enfant dans les bras car le bus repart sans elle
Des plantations de palme dont l’huile finira probablement dans notre pot de nutella après avoir détruit l’habitat d’animaux fascinants
Des hommes passant la journée les bras levés vers les fenêtres des bus qui défilent pour tenter de vendre une bouteille d’eau ou des tranches de pain de mie
Des forêts rectilignes de pins
Des baobabs
Un vaste plateau et
Des volutes de poussière.

Arthur, responsable de l’association Youth Build Future, nous accueille à la sortie de nos 14h de bus. Il nous fait visiter sa maison où il nous hébergera  durant les quatre jours à venir, confirmant une nouvelle fois la générosité sans bornes des Tanzaniens que nous avons rencontrés. Nous faisons connaissance autour de l’indémodable platée de riz, d’épinards et de boeuf, et la discussion s’oriente rapidement vers l’éducation en Tanzanie. Arthur nous apprend, sous une pluie de cris effarés, qu’une année de lycée coûte environ 500 euros à la famille d’un lycéen dans la région. « Dans le public ?! » Notre consternation est unanime. Non, dans le privé, nous répond-il. Le lycée public est si mauvais que les familles qui peuvent se le permettre envoient automatiquement leurs enfants dans le privé. Quant à celles qui ne peuvent se le permettre… Leurs enfants essaient souvent de vendre des bricoles dans la rue, ou bien suivent une courte formation technique s’ils sont chanceux. Etonnées que le gouvernement semble mettre si peu de moyens dans le système éducatif, nous ne résistons pas à l’envie de demander à Arthur s’il l’aime, justement, son gouvernement. Réponse en demi-teinte : « je l’aime bien lui, mais je n’aime pas ce qu’il fait. » Le mot corruption résume l’essentiel de la suite de la conversation…

Quoi qu’il en soit et quoi qu’en disent ces habitants de Dar Es Salaam qui avaient jugé bon de nous mettre en garde contre le froid mordant de Mbeya, ce soir, il faisait chaud autour de la table d’Arthur.

Il nous a d’ailleurs préparé tout un programme débordant de rencontres de jeunes pour les jours à venir…

L’aventure reprend dès demain, cap sur la jeunesse engagée !

Juliette, les yeux pleins de baobabs

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