Arusha

AU NOM DES FEMMES [et de l’Homme]

Un hurlement incessant, une déchirure de l’âme en forme de précipice abrupt, un trou béant dans la poitrine que rien ne pourra plus combler, un cri terrifiant lancé à l’Humanité tout entière, si elle ose seulement tendre l’oreille, si elle ose seulement être humaine, un peu, un instant.

Voilà ce par quoi nous avons été réveillées à 2h30 cette nuit. Les hurlements d’une femme à l’agonie, une femme à qui l’on vole méticuleusement chaque parcelle de dignité, une femme qui se perd davantage à chaque coup porté, une femme salie sans doute jusqu’au plus profond de ses entrailles, une femme dont les supplications atteignent en nous des territoires terrifiants jusque-là jamais foulés, une femme, une Femme, une femme vous comprenez ? Une femme de chair, de sang et d’amour, de rêves et de projets. Une femme, fille ou mère, sœur ou épouse, soumise ou révoltée, mais une FEMME !

Et pour la première fois cette question, épouvantablement vertigineuse : que faut-il faire quand une femme hurle tout le désespoir de la Terre pendant dix minutes de l’autre côté d’un mur ? Que faut-il faire quand on est deux jeunes filles se réveillant dans le cauchemar le plus absolu, tétanisées à l’idée même d’allumer la lumière de leur chambre et se terrant au fond de leur lit, muettes d’effroi et d’horreur ? Que peut-on faire ? Accepter d’être envahie par une immense bouffée de lâcheté, attendre dans le silence le plus effroyable que les cris cessent, que les coups cessent, et qu’un fantôme de femme tombe à terre pour ne plus se relever ? Que faut-il faire maman, à part prier, mais qui prier, à qui s’adresser quand le plus infime fragment de foi en l’Humanité s’est volatilisé et que c’est le noir partout, dehors, dedans, et que c’est comme si tous les vides du monde s’étaient donné rendez-vous dans ma tête pour m’empêcher de penser clairement ?

Nous nous sommes levées quatre heures plus tard, toujours muettes, toujours tremblantes. En osant enfin allumer la lumière, nous avons réalisé que la nuit avait brouillé nos repères et que les cris que nous croyions provenir d’un terrain-vague situé derrière l’hôtel venaient en réalité de la cour même de l’hôtel. Je résume. Pendant dix longues minutes, une femme a hurlé à la mort dans la cour de l’hôtel, de toute la force de ses poumons et de son corps et avec l’énergie la plus folle du désespoir, et personne, personne, personne n’a réagi. Pourtant, les hurlements venaient de la cour, le doute n’est pas permis, car la femme semblait crier à notre fenêtre ouverte, à quelques mètres seulement de nous.

Au petit-déjeuner, nous expliquons au serveur qui dormait sur place que nous avons entendu des cris de femme pendant la nuit et que nous sommes inquiètes. Bien entendu, personne n’a rien vu, rien entendu, il ne s’est rien passé et il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter. Nous demandons si nous étions seules hier à l’hôtel. Réponse : non, mais nous sommes les seules touristes ; tous les autres clients sont des hommes, guides de safaris dormant seuls. Autre réponse : les cris devaient sans doute venir du bar situé à quelques centaines de mètres, peut-être que les gens y avaient un peu bu et…

A quelques centaines de mètres sous notre fenêtre ? Encore une fois, nous restons muettes. Nos pensées se perdent dans nos regrets. La prochaine fois, même si nous espérons de toutes nos forces qu’elle n’advienne jamais, la prochaine fois nous saurons quoi faire. La prochaine fois nous calmerons nos esprits, allumerons la lumière pour dissiper le noir suffocant, nous réfléchirons méthodiquement et nous sortirons, si nous sommes deux ou plus nous sortirons, car il le faut.

Combien d’hommes ont frappé, combien de femmes l’ont été ? En croisant des femmes dans la rue, je me demande lesquelles ont été victimes d’un abus sexuel mais continuent malgré tout de sourire en gardant la tête haute ; et j’ai en tête ce chiffre épouvantable, ce chiffre que je vomis : en Tanzanie, une femme sur trois a été victime d’une agression sexuelle. En Tanzanie, une femme sur trois a été victime d’une agression sexuelle. Je repense aux visages de ces femmes que nous avons croisées ici au fil de nos rencontres : lesquelles ont été souillées ?

Je repense à notre difficulté à communiquer avec des femmes qui le plus souvent parlent très peu l’anglais, et je repense à Gay, la femme d’Artur chez qui nous avons passé cinq jours et à qui nous avions tant envie de parler, mais avec qui nous n’avons jamais pu le faire car elle devait manger chaque repas séparément et ne parlait pas l’anglais. Je repense à ces quelques femmes dans les forums de jeunes auxquels nous nous sommes rendues, ces quelques femmes qui étaient là mais ne parlaient pas. Je repense aux explications d’Artur : ici, une femme est considérée comme insolente si elle ne demande pas à son mari la permission pour sortir ou acheter quelque chose. J’y repense et la peine est immense.

Les femmes me manquent. Les jeunes que nous avons rencontrés sont sensationnels mais ils ont le grand défaut d’être des hommes à 90%. Au bout d’un mois d’immersion, nous en sommes venues à comprendre que « les jeunes », en Tanzanie, ce sont les « jeunes hommes ». Une jeune femme n’est pas une jeune, elle est simplement une femme, une catégorie à part. Bien sûr, nous avons également rencontré de jeunes femmes et jeunes hommes qui semblent parler très sincèrement de l’égalité de droits entre les femmes et les hommes. Mais combien auront le courage de surmonter la tradition et de se dresser le point levé ? Les « jeunes » ici sont les jeunes hommes, et cela me pose problème.

On m’a souvent demandé si j’étais féministe. Oui, je suis féministe si c’est être féministe que de clamer et réclamer l’égalité réelle des droits entre les femmes et les hommes. Oui, je suis féministe si c’est être féministe que d’être révoltée du plus profond de son cœur et de son âme quand une femme se fait frapper, quand une femme se fait violer. Oui, je suis féministe car il y a de l’irrationnel en moi qui se déchaîne en paroles et en larmes quand surgit la violence. Oui, je suis féministe car cette précieuse égalité est une lutte dont je sais que je pourrais faire ma vie.

Alors en route. Le combat ne fait que commencer.

Juliette.


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J’AI 12 ANS ET PLUS TARD JE SERAI PRESIDENT ! (JOUR 27)

Qu’est-ce que Sarkozy a fait pour les enfants pendant son mandat ? Est-ce que les enfants sont battus en France ? Est-ce qu’il y a des enfants des rues en France ? Hussein, Denis, Frank, Rahel et Assani ne tarissent pas de questions. Ils sont cinq élus au Conseil des enfants d’Arusha et ils ont entre 12 et 14 ans. Nous parlons d’égal à égal, et le niveau de leurs questions est bien au-dessus de ce qu’on pourrait attendre d’enfants de leur âge…

Mkombozi est l’association qui prend en charge le programme Young Reporters Network mais sa charte est très diversifiée. Elle s’occupe de l’éducation d’enfants des rues dans des «mobile school» (bus école) qui se déplacent autour d’Arusha et de centres, met en place des groupes de discussion, et surtout soutient, avec l’ONG Save the children, le Conseil des enfants (description de l’association à venir).

Nous rencontrons donc ce matin pour la deuxième fois des enfants beaucoup plus jeunes que les personnes que nous interviewons d’habitude. Deux heures de bonheur avec ces petits bouts aux rêves aussi beaux les uns que les autres. Ils veulent devenir président, ingénieur ou intellectuel, mais leur rêve commun serait que les droits de tous les enfants du monde soient respectés. Leur engagement leur fait peur parfois : pour eux, il est difficile d’apprendre à parler aux adultes, mais cela les rend plus forts, plus mûrs et le fait de participer au changement leur interdit d’abandonner. Ils sont déjà conscients que leur engagement leur apporte beaucoup et diffusent cette idée auprès des personnes de leur âge. A 20 ans, nous leur paraissons déjà âgées et pourtant il semblerait que nous ayons compris la même chose : l’engagement est universel, et il est important de le partager.

Déjà un mois que nous sommes là : nous avons rencontré plus d’une cinquantaine de jeunes, avons interviewé une petite trentaine, et nous sommes liées d’amitié avec une bonne dizaine d’entre eux. Notre projet a évolué, nous sommes perplexes parfois, surprises souvent, mais heureuses toujours. Heureuses de voir que nous sommes toujours aussi certaines que peu importe l’âge, le genre, l’activité, l’endroit, les engagements se ressemblent tous. Nous nous ressemblons tous : notre engagement nous change, nous permet d’évoluer, nous grandit. Il permet réellement d’aller plus loin.

Chers followers, je vous dis maintenant à dans trois jours. Nous prenons un jour de vacances pour faire un safari dans le Ngorongoro avant de rejoindre la dernière étape de notre périple : Pemba. Nous allons profiter de l’extraordinaire beauté de ce pays qui nous accueille.

Ps : Nous avons eu des problèmes d’internet, cet article devait être posté hier :) . Nous ressortons heureuses et émerveillées du Ngorongoro. A dans deux jours !

Radia, une pumba heureuse.

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DU PLUS PROFOND DE LEUR COEUR (JOUR 26)

Levées de bon matin, nous allons rencontrer des employés et bénévoles de l’association Mkombozi afin qu’ils nous mettent en contact avec le Conseil des Enfants. Le rendez-vous est pris, nous les verrons donc demain matin. Une bénévole nous accompagne ensuite jusque l’office de la « campagne des 50% » que les acteurs du bus promouvaient (voir cet article). Les « 50% » correspondent à la moitié de la population tanzanienne : les enfants. Cette campagne a donc pour but de sensibiliser le public aux droits de l’enfant. Les bénévoles utilisent alors le théâtre pour faire passer ces messages, comme nous avons pu y assister il y a quelques jours, dans le bus en provenance de Mbeya. Nous interviewons donc l’un des acteurs, John Emanuel. Sa passion pour le théâtre l’a mené à l’écriture de scripts pour pouvoir se frayer un chemin parmi ceux qui avaient une vie aisée, ceux qui avaient accès à l’éducation, et sortir de la pauvreté. Ce petit homme très actif, avec un anglais très approximatif qui se transforma au final en swahili, nous livre son expérience avec un sourire et une joie de vivre qui se font ressentir dans chacun de ses gestes. Il est heureux d’être là aujourd’hui, d’avoir atteint ses premiers objectifs, lui qui est issu d’un milieu très peu aisé.

Vient ensuite Max Wow, un jeune homme de 26 ans, qui est sorti de la rue grâce à l’art, grâce à sa passion pour la peinture. Lorsqu’il peint, il se sent entièrement emporté. Son admiration pour Salvador Dali est telle qu’il déclare « L’esprit de Dali est en moi ». Ses oeuvres sont magnifiques. L’une d’entre elles est l’emblème de la « campagne des 50% » (voir la photo ci-dessous).

Elle représente sa vie personnelle : un enfant qui, au départ, est à la rue, dort sur un trottoir, a peur de son avenir et l’imagine avec anxiété. Lorsque son chemin croise celui de la campagne des 50%, son visage s’illumine, un sourire se dessine et l’enfant devient serein. Sa vie s’assimile en général à celle des enfants dont Mkombozi et cette campagne veulent s’occuper. A son plus grand bonheur, il trouva un jour une encyclopédie d’artiste-peintres dans la rue. Lui qui est passionné, habité par le monde de la peinture, l’univers de Salvador Dali, Vincent Van Gogh,… le ciel n’aurait pu mettre sur son chemin de plus beau cadeau. Lorsqu’il l’ouvre, le feuillète devant nous, nous le sentons comme transporté dans un autre monde, extirpé de cette salle où nous sommes tous debout, attentifs. Il s’arrête sur une oeuvre. Mais contrairement à moi qui y voit la Bible, Max voit dans le livre dessiné à répétition dans l’oeuvre, l’encyclopédie elle-même. Pour lui, l’encyclopédie qu’il tient dans les mains, est représentée dans une des oeuvres présentées. N’est-ce pas un signe révélateur de considérer son encyclopédie d’art comme sa Bible ? C’est la peinture qui l’a sorti des conditions difficiles de son enfance, c’est elle qui lui permet de vivre aujourd’hui, c’est elle qui l’anime, qui le porte jour après jour. Son art l’a trouvé. Bref, nous avons trouvé un de ces jeunes que nous rêvions de rencontrer avant de quitter Paris : engagé, passionné, porté par son art.

Et la journée n’a pas finit de nous offrir quelques perles. Après avoir désespérément recherché des étudiants d’une école à Arusha qui se sont finalement révélés être en vacances, nous sommes revenues à l’hôtel où nous avions organisé nos derniers rendez-vous pour la soirée. Nous accueillons alors Temba et Viviane, respectivement directeur et bénévole à l’ONG SICHILDREN (Support for Indigenous Children). Temba a décidé de fonder sa propre association avec 4 collaborateurs, afin de pouvoir agir librement, d’aider ceux qu’il avait envie d’aider sans directive spécifique. Il a également monté une agence de Safari dont les bénéfices servent de fonds à son association. D’une générosité incroyable, Temba, 32ans, aide des enfants, des jeunes dans le besoin, au cas par cas, à s’en sortir en leur trouvant un travail, en leur portant une attention paternelle,… Son rêve est vraiment d’améliorer les conditions de vie des gens qu’ils rencontrent de manière concrète et c’est la raison pour laquelle il n’hésite pas à prendre un enfant sous son aile si cela peut lui permettre de mieux vivre. Et à la question « Qu’est-ce que cela t’apporte ? », il répond franchement en un mot : «  Bonheur ». Et son sourire sort du plus profond de lui-même. Un bonheur pour nous aussi. Quant à Viviane, une chinoise de 31 ans qui vit au Canada depuis toujours, elle a décidé de tout quitter, son travail d’ingénieur, son appartement, sa vie paisible, pour venir travailler ici en Tanzanie, avec l’association SICHILDREN. Un beau pari. Serions-nous réellement prêt à faire de même, malgré toute notre volonté de changer le monde ?

Chaque personne aujourd’hui nous a livré son expérience, son sourire, son amour de la vie, du plus profond de son cœur.

Réchauffer notre cœur.

Léa.

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UN NOUVEL ARRIVE (JOUR 25)

Quatre compagnies de bus, quatre compagnies aériennes, il nous faut déjà organiser notre départ pour Pemba. C’est décidé, nous choisissons de prendre le bus et l’avion de dimanche à lundi. Nous n’avions prévu que deux rendez vous aujourd’hui, et nous en profitons pour préparer la journée de demain, qui regroupe au moins 5 rencontres de jeunes et d’associations !

Aujourd’hui, nous avons eu la chance d’être reçues par Roland Amoussouga, un homme admirable d’origine togolaise. M. Amoussouga est le premier conseiller juridique du tribunal pénal pour le Rwanda, Il nous a donc beaucoup parlé du tribunal qui se trouve à Arusha, et nous reçoit samedi soir chez lui afin que nous discutions de notre projet. Ensuite, l’arrivée de la semaine ! Thomas nous retrouve au Golden Rose à 16h ! Il est journaliste à Sciences Po, et a décidé de nous suivre deux semaines en Tanzanie. Nous sommes heureuses d’avoir un regard extérieur qui nous  aide et nous conseille. Pour ces deux dernières semaines, nous sommes désormais 5 dans l’aventure !

Nous avons enfin rencontré Peter Paul Ahme, un ami de M. Lazaro, qui est responsable d’une association qui soutient des initiatives de jeunes paysans. Cet homme, très occupé, nous consacre une demi-heure de son temps pour nous donner des conseils et sa vision de la jeunesse tanzanienne. Il nous propose également de rencontrer plusieurs jeunes engagés de sa connaissance, avec qui nous avons rendez vous demain.

Un court article ce soir, pour laisser plus de places à miss Batal qui aura l’honneur (et le courage) d’écrire l’article de demain. Nous continuons de travailler nos vidéos, nos portraits et notre reportage, afin que vous puissiez presque ressentir les belles émotions qui nous submergent ici. Layla Salama !

Quatre aventurières à Arusha. :)

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LE REGARD D’UN PERE (JOUR 24)

« Tic Toc », il est 6 heures du matin, la journée commence pour les mzungu-reportères, mais comme me dit mon père « la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt » ! Ce sera une belle journée, pleine de rencontres et de surprises, une journée qui nous a encore imprégnées de toute cette splendeur africaine.

Nous partons pour Karatu à la rencontre de Mister Lazaro, président du Conseil Général de Karatu. Le bus est plein, comme toujours. Mais que j’aime ces longs trajets dans les plaines tanzaniennes. Hier nous avons aperçu le Kilimandjaro, aujourd’hui nous nous émerveillons devant les villages Masaï avec leurs girafes et le magnifique Mont Meru. La promiscuité avec les autres nous oblige à la conversation. C’est donc dans le bus que nous rencontrons le plus de personnes, que nous parlons de tout et rien. Il n’y a jamais un trajet où nous ne nous faisons pas un ami, ni échangeons mail et téléphone. Bref, le bus fatigue, mais le bus réveille aussi.

Mister Lazaro est un grand homme. Tant par sa taille et sa posture que pas son engagement et son dévouement pour son district. Il est calme, tout en étant animé par ce désir de changement, de « bombe »… de révolution. Il nous dit d’un ton sérieux que les jeunes vont se révolter très bientôt, vraiment très bientôt… Pourquoi ? C ‘est pourtant simple. Il faut que ces jeunes aient une vie meilleure, qu’ils aient un emploi, de quoi manger et qu’ils puissent tous aller dans une bonne école.  Quand on lui dit que la révolte doit conserver cette belle paix tanzanienne, il nous répond qu’il n’y a pas de paix ici, il y a trop de colère dans les cœurs tanzaniens. Comment voulez-vous être en paix lorsque vous travaillez chaque jour pour survivre, lorsque vous ne pouvez envoyer vos enfants à l’école, lorsque vous êtes seul à 12 ans dans la rue à faire la manche pour manger ? Il n’y a pas la paix dans les cœurs tanzaniens, ça non. Déboussolées, nous lui demandons s’il y aura la paix après cette révolution, il nous répond avec son air de grand sage africain : « you can’t see what is behind the mountain ».

Lazaro fait partie de ces adultes qui se battent pour la jeunesse mais leur laisse toute la place. Quand on lui pose une question, et que sa fille de 19 ans répond à sa place, il la regarde avec fierté et la laisse parler. Quand on lui demande s’il prendra part à la révolution qui arrive, il nous dit qu’il est vieux maintenant, que c’est aux jeunes de la faire, mais qu’il sera là pour les soutenir. Bref,

Lazaro fait partie de ces personnes qu’on admire au fond de nous pour leur sagesse et leur bonté. En rentrant, je comprends mieux la phrase de mon voisin de bus ce matin « oh mais Lazaro, c’est un homme vraiment bien. C’est l’ami de tout le monde ici » !

Cette journée fut aussi la rencontre avec deux professeurs de collège. Alors qu’avant de partir je riais jaune sur les journées d’absence des enseignants dans le sud de la France, aujourd’hui mon cœur battait à entendre ces deux hommes passionnés par leur travail. Nico et Faraji nous accueillent avec le sourire, ils nous parlent de leur travail, enfin, de leur engagement dans leur travail. En effet, un professeur en collège gagne environ 100 euros par mois, sachant que la vie ici est chère. Un kilo de riz ou de sucre coûte 1€ et un litre de lait 2€. Comment font ces deux enseignants ? C’est simplement leur passion d’enseigner qui les guide, et ils se disent que s’ils ne le font pas, alors qui le fera ? Ici, le plus gros problème pour la jeunesse, c’est ce manque abyssal de professeurs, ce manque chronique d’investissement dans l’enseignement  qui est pourtant la clé du développement (dans ce collège, il y a 1 livre de mathématiques pour 10 collégiens).

Nous rencontrons également cinq jeunes filles engagées dans une association pour la protection de l’environnement. Dans ce collège, 1 élève sur 2 fait partie d’un club correspondant à son « talent », comme nous l’explique Nico. Leur engagement leur permet de développer ce talent afin de les aider à se construire, ils font ce qu’ils  aiment, le partagent avec les autres, se construisent, construisent les autres… Lorsque nous demandons à Suzane s’il l’engagement est important, elle répond « yes », au pourquoi, elle dit simplement « love ». Son anglais approximatif résume parfaitement cette beauté de l’engagement : les jeunes partagent ce qu’ils aiment pour le faire aimer aux autres.

Héloïse, futur chauffeur de bus entre Arusha et Karatu (ouioui aujourd’hui j’ai fait mes premiers kilomètres tanzaniens, et j’y ai pris goût!)

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LES ENFANTS DU TOIT DE L’AFRIQUE (JOUR 23)

MZUNGU ! MZUNGU !

A peine arrivées à Arusha, nous avons troqué les « sistah » qui nous étaient adressés dans les rues de Dar et de Mbeya contre d’incessants « mzungu » (blanc), qualificatif résonnant de prime abord de manière moins sympathique à nos oreilles… jusqu’à ce que nous apprenions qu’il est normal ici de se faire appeler « mzungu ». Car Arusha s’est avant tout développée autour de l’industrie du safari et les Européens y sont donc très nombreux et davantage perçus comme des machines à fric que dans le reste du pays. Samedi après-midi, nous rencontrons Peter, un jeune homme dont les études ont été financées par un Canadien et qui a décidé, une fois après avoir monté sa boîte de safaris, de rendre la pareille en finançant les études de 6 jeunes femmes et jeunes hommes depuis l’école primaire jusqu’à l’université. Peter nous met en contact avec deux associations de jeunes que nous rencontrerons à Arusha dans les jours qui viennent. Ces deux rendez-vous viennent s’ajouter à un rendez-vous que nous avons pris suite à une rencontre quelque peu étonnante faite sur le trajet de Mbeya à Arusha !

Alors que nous essayions de trouver le sommeil, assommées par nos premières 13h de bus, une jeune femme se mit à parler très fort dans l’allée centrale en s’adressant à tout le bus. Plusieurs voix se levèrent pour lui répondre, et le ton monta assez rapidement, jusqu’à ce que tout le bus s’en mêle et que la jeune femme se mette à pleurer, seule dans le couloir du bus ! Complètement désarmées, nous essayions de comprendre ce qu’il se passait à l’aide des quelques mots qu’on nous traduisait çà et là. Notre compréhension de la situation se résumait à : cette femme avait un enfant qui était malade et pour lequel elle réclamait de l’argent à travers le bus. Sceptiques quant à sa démarche et avant tout ennuyées par le bruit de la conversation qui durait depuis un bon moment à un volume sonore conséquent, nous fûmes littéralement abasourdies quand la femme qui pleurait ainsi que deux des hommes qui avaient vivement mené le débat dans le bus dévoilèrent, tous en même temps et en enlevant leur pull, le T-shirt d’une association de défense des droits des enfants ! Ces trois jeunes de la vingtaine étaient en fait des acteurs qui avaient monté cette scène pour sensibiliser les passagers du bus aux droits des enfants ! Ravies de ce retournement de situation, nous avons sauté sur l’occasion pour noter leurs numéros de téléphone afin de passer au siège de leur association et de les interviewer dans la semaine.

Remises de nos émotions, nous sautons ce matin dans un bus pour Moshi, ville située à 1h30 d’Arusha et ayant la très humble particularité de se situer au pied même du toit de l’Afrique, le Kilimandjaro… Sur la route, les vallées rieuses de Mbeya ont cédé leur place à de vastes champs de maïs et de tournesols. Nous rejoignons les enfants de Young Reporters Network (voir l’article déjà paru sur l’asso) et Rachel, une anglaise très sympa avec laquelle nous sommes en contact par mail depuis plusieurs mois et qui est venue s’installer ici il y a deux ans. Même si nous commençons à bien cerner l’association après l’avoir rencontrée plusieurs fois à Dar Es Salaam (la description de l’asso arrive très bientôt dans l’onglet « Asso tanzaniennes », promis !), voir des enfants de 10 à 16 ans parler librement à la radio d’abus sexuel et répondre aux questions des auditeurs ne peut laisser de glace, surtout quand on sait qu’en Tanzanie, c’est 1 fille sur 3 qui a déjà été victime d’un abus sexuel. Après chaque enregistrement en studio, les enfants se réunissent pour faire le point sur les éléments à améliorer, sur la pertinence du sujet qu’ils avaient choisi ou sur le vocabulaire qu’il convient d’employer à la radio… De vrais journalistes en herbe dès leurs 12 ans !

Quand on leur demande ce qu’ils veulent faire quand ils seront grands, la réponse est relativement unanime : « teacher » ! Les professeurs semblent jouir d’une grande aura auprès des enfants. On trouve aussi quelques docteurs et, cela va de soi, beaucoup de présentateurs radio très connus… Gillian, très vive jeune fille de 12 ans qui parle bien mieux le français que nous ne manions le swahili, a quant à elle une idée très simple et précise de ce qu’elle veut faire plus tard : elle adore les math, elle veut donc être comptable. Si elle ne peut pas être comptable, elle sera professeure. Si elle ne peut pas être professeure, elle sera journaliste. Et si elle ne peut pas être journaliste, tant pis, elle sera présidente ! Quel bonheur que de se replonger dans l’insouciance et l’espoir enfantins l’espace d’un instant !

A l’issue de cette journée, j’ai l’impression que grâce à l’association Young Reporters Network, ces enfants de tous milieux ont chacun pu toucher à un petit bout d’ailleurs, un petit bout d’un métier de rêve, ont chacun déjà pris conscience, à leur jeune âge, que la vie et le monde ne se limitent pas à leur quartier ou leur école primaire, mais qu’ils ont chacun le droit d’aspirer à quelque chose de grand, qu’ils ont le droit de parler à leur société de ce qui les préoccupe, les interpelle, et que des auditeurs sont là pour les écouter et leur répondre. Les adultes de l’association Young Reporters Network demandent sans cesse leur avis aux enfants, ce sont réellement eux qui construisent et modèlent leur émission comme ils le souhaitent, eux qui choisissent de parler d’abus sexuels du haut de leurs 12 ans, eux qui ont décidé que leur voix était suffisamment importante pour être entendue par des milliers d’auditeurs. Car la radio qui les diffuse a bel et bien une audience nationale très élevée (le chiffre exact arrive demain, quand j’aurai retrouvé mon petit carnet et mes notes…!).

Et vous, avez-vous déjà entendu des enfants en France parler à la radio des problèmes qu’ils rencontrent et qui les préoccupent ? Si oui, sur quelle radio ? A une heure de grande écoute ? Car nous avons beau creuser notre petite mémoire, aucune d’entre nous n’a jamais entendu d’enfants s’adresser à la société française sur l’une des grandes fréquences que nous écoutons à Paris ! Votre témoignage est le bienvenu !

Juliette, comptable. Heu, prof. Heu, journaliste ! Heu, présidente…! [plus de photos demain !]

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MBEYA – ARUSHA : LA TRANSITION

Un petit article pour vous prévenir que nous sommes bien arrivées à Arusha ! La journée d’hier ne méritait pas un article en bonne et due forme, elle se résume en quelques mots : 20h de bus plus bondé qu’un métro aux heures de pointe rythmées par deux pauses de 10 min chacune. Après ce long trajet, nous avions besoin d’une petite matinée de repos pour profiter de notre première douche chaude en Tanzanie, puis nous avons rapidement fait un premier tour de la deuxième grande ville de ce beau pays. Mais ne vous inquiétez pas, nous avons pris le temps d’organiser une semaine qui promet de folles rencontres et de beaux engagements. Elu local, responsables d’associations, lycées, Young Reporters Network, nous vous promettons de beaux portraits en perspective ! Continuez de nous suivre :)

Layla Salama !!

4 Mzungu à Arusha.

Avec notre hôte Artur

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