Zanzibar, Stonetown, 15 juillet 2012, dernier jour

Zanzibar, Stonetown, 15 juillet 2012, dernier jour. Dernier jour de leur projet tanzanien. Nous nous sommes accordés une escapade dans la vieille ville de Zanzibar avant de nous séparer. Juliette et moi avons pris cet après-midi le bateau pour Dar Es Salaam où nous attend notre avion pour Paris. Héloïse, Léa et Radia reviennent en France quelques jours plus tard. Zanzibar, drôle d’endroit pour finir notre aventure que cette île inaugurée par les commerçants arabes, réveillée par les explorateurs portugais, abordée par les colons britanniques et arpentée aujourd’hui par des touristes du monde entier. Une ville un peu toc de nos jours, qui tranche avec la réalité de la Tanzanie que nous avons découverte entre poussière et tôle ondulée, entre savane et mangrove. Mais un heureux symbole de rencontres en fin de compte pour leur projet qui n’a été que ça : partir en Afrique à la rencontre d’autres jeunes pour donner un exemple aux jeunes de notre pays.

Elles vous ont fait vivre ces rencontres tout au long de leur voyage. Aujourd’hui elles terminent en répondant chacune à ce questionnaire.

Thomas Arrivé.

Premières impressions ?

Héloïse : L’animation de la rue et ce brouhaha permanent ! Dès que nous sommes arrivées à Dar Es Salaam, nous avons pris l’hôtel juste au-dessus de la gare routière, et pendant une semaine nous avons eu l’agitation de toute la ville sous nos chambres !

Juliette : Le sens de l’accueil des Tanzaniens ! Tout le monde dans la rue nous accueille avec des « bienvenue » ! Incroyable, non ?! Allez raconter ça aux Parisiens…

Léa : La joie des Tanzaniens ! Où que nous allions, quel que soit le milieu de vie, les gens sont heureux. Même dans la pauvreté, même s’ils n’ont parfois pas grand chose à faire de leur journée, ils trouvent la motivation de se lever chaque matin !

Radia : Une chaleur étouffante et cette impression de trop ! Trop de voitures, trop de dalla dallas, trop de gens, trop de couleurs, trop de sourires, trop de tout ! Ca grouillait de partout, c’était super cool.

Mot préféré en swahili ?

H : « Karibu » (bienvenue). Ce mot illustre TOUT notre séjour. C’est le premier mot qu’on a entendu, et celui qu’on a le plus entendu. C’est celui accompagné de sourires et de chaleur… bref c’est celui qui résume ces 5 semaines.

J : « Mtoto » ! (enfant) Je trouve que ce mot est souriant, et il me rappelle les milliers de sourires des enfants que nous avons rencontrés. C’est devenu mon surnom depuis qu’Elijah a appris que j’avais 18 ans…

L : « Furahi » (joie) Parce que c’est ce qu’on a essayé de leur dire tout au long de notre séjour : « Nimefurahi kukufahaam » (heureuse de vous rencontrer) ou encore la première phrase que j’ai enfin réussi à construire en swahili, à une semaine de la fin « Tuna furahi sana » (nous sommes très heureuses).

R : « Hakuna mata » (pas de soucis). C’est une expression que les Tanzaniens disent toujours avec le sourire pour te rassurer et elle me rappelle mon dessin animé préféré, le Roi Lion.

Sourire préféré ?

H : Le sourire d’Ahmed, le petit joueur de football du Buguruni center. 7 ans, haut comme trois pommes, et très sûr de lui. Il a un sourire à tomber par terre, et nous avons joué au foot ensemble tout l’après midi ☺

J : Celui qu’on reçoit dès que l’on prononce deux ou trois mots en swahili !

L : Le sourire de Lawrence Chuma, représentant de la jeunesse tanzanienne auprès de différents ministères. Son sourire est le plus contagieux que je connaisse. Il sourit, son visage s’illumine et cela finit en fou-rire !

R : Amina ! Ce n’est pas vraiment un sourire beau et émouvant, mais plutôt un éclat de rire aigu et très fort. Son rire est contagieux, dès qu’elle rigole tout le monde explose de rire avec elle. (Amina : PEWDO, Pemba).

Moment préféré ?

H : Conduire sur la route de Karatu. Le chauffeur (que je connaissais depuis 20minutes) me demande si je sais conduire, je lui dis oui, il s’arrête et me dit « ok you drive now ». J’ai conduit 30 minutes, jusqu’à ce qu’il m’arrête pour me dire « STOP il y a une girafe, regarde » !

J : Les chants dans l’église du village d’Ubaruku, qui font vibrer le cœur.

L : Retour dans le taxi de la presqu’île Kigamboni, avec Lawrence qui nous apprend l’hymne tanzanien, entourés de verdure et du ciel étoilé.

R : Sur la route entre Wete et Mkoani (où on allait prendre le bateau), nous avons fait la rencontre d’un Américain avec qui nous avons chanté tout le trajet. Moment improbable mais merveilleux : nous quatre, dans un dalla=dalla « décapotable », heureuses, chantant Justin Bieber, sur une île de l’océan indien, accompagnées par Dave l’Américain et son ukulele.

Moment le plus gênant ?

H : Le samedi de Young Reporters Network, nous avons fait la connaissance de John. Il parlait très mal anglais, et nous ne comprenions strictement rien à ce qu’il se passait. Il avait la manie de prendre ma main en permanence et de me promener dans toutes les salles, impossible de se sortir de la situation… c’était très gênant !

J : Tous ces moments de gêne intense où aucune de nous ne comprend ce qu’on nous raconte et où nous acquiesçons toutes énergiquement en priant pour que l’une d’entre nous ait compris et pour que cette réponse satisfasse notre interlocuteur… Tous ces endroits où on nous a emmenées sans qu’on ait la moindre idée de ce qu’on faisait là !

L : Lorsque nous nous retrouvons face à des personnes qui attendent de nous que nous les aidions financièrement à améliorer leurs conditions de vie. Ces personnes le font cependant toujours avec respect et fierté pour leur personne, elles ne mendient pas, elle profitent seulement de l’occasion de voir des Européennes. Comme hier où sur la prequ’île de Mtambwe Mbkuu, le maire du village nous demande de les aider à régler leurs problèmes d’eau, d’électricité ou d’éducation. Très gênant !

R : Lorsqu’on a revu Peter dans le Ngorongoro. Après l’avoir interviewé, Peter nous a donné deux contacts et nous a proposé de faire le Ngorongoro avec lui. On lui a dit qu’on n’y allait pas, et finalement on l’a retrouvé pour la pause déjeuner à l’intérieur du cratère…

Le plus choquant ?

H : La nuit à Karatu avec Juliette où l’on a entendu cette femme hurler à la mort. Mais surtout le choc lorsqu’on demande le lendemain aux hommes si tout va bien, et qu’on nous répond « oui oui ne vous inquiétez pas »…

J : Les cris de la femme, cette nuit-là, et notre impuissance totale.

L : Le lendemain de cette nuit à Karatu, lorsque Juliette et Héloïse nous ont raconté ce qui sc’était passé. Et croiser une femme dans l’après-midi. Se demander si c’était elle. Croiser n’importe quelle femme. Se demander si elle l’a déjà vécu.

R : Lorsqu’Artur nous a parlé de l’excision à table. Il nous a expliqué qu’il ne fallait pas s’immiscer dans la tradition de l’autre, et qu’il n’y avait rien de choquant à cela. L’excision ne dégénérait presque jamais. Les femmes avaient même des plantes spéciales pour qu’il n’y ait aucune douleur.

Le plus drôle ?

H : Quand on a annoncé aux filles de Wete (nos amies) que Thomas avait 37 ans. Amina a hurlé de rire, puis s’est arrêtée pour dire à Thomas qu’elle avait encore sa sœur à marier !

J : Quand on a appelé pour la première fois la charmante Lawrence de YUNA avec laquelle nous étions en contact par mail depuis plusieurs mois et que c’est une voix grave d’homme qui a répondu à l’autre bout du fil… Grand silence jusqu’à ce qu’on comprenne que Lawrence était en fait… un homme !… qui est devenu un ami !

L : Quand on se retrouve dans une conversation sans queue ni tête ! …. Mais que notre interlocuteur ne le remarque pas ! Lui poser une question. Comprendre qu’il répond à côté. Mais ne pas comprendre sa réponse. Laisser tomber et rétorquer gaiement « aaaah okay ! That’s cool ! ».

R : La première soirée de Thomas à Arusha avec Peter, ami de Lazaro, cet homme avait un rire tonitruant à mourir de rire. Les deux ont chacun rigolé de leur propre blague. Fou rire intense, j’ai dû sortir de table pour contrôler mon rire.

Ton endroit préféré ?

H : Ce petit village sur la presqu’île de Pemba, ignoré de tous, remplie de petits bouts qui courent partout et de bananiers à perte de vues. Si on me demandait de dessiner un havre de paix, je dessinerais ce village.

J : Assise à la fenêtre des dallas-dallas multicolores de Dar Es Salaam, quand la nuit tombe sur la ville qui fourmille.

L : Sur la route de Dar Es Salaam à Mbeya, le paysage « gris verdâtre » et d’un « vert grisant » (pour reprendre les mots de Juliette), empli de BAOBABS. Vert. Gris. Montagne. Beaucoup de baobabs.

R : Tanga, lors de notre bain au coucher de soleil.

Moment de plus grand doute ?

H : Après la visite de la pisciculture à Pemba. On a été confrontée à la vraie pauvreté, et on s’est dit que l’engagement au final c’était du luxe, et que ce n’était pas si nécessaire que ça…

J : Quand on consulte nos statistiques du blog et qu’on se rend compte qu’il n’y a que 4 ou 5 vues sur un portrait de jeune sur lequel on a travaillé 6h…

L : Il y a quelques jours de cela. Lorsqu’on se demande si notre définition de l’ « engagement » est vraiment juste. Lorsqu’on commence à faire le plan de nos rendus finaux.

Ce qui a changé en toi ?

H : Ma capacité à parler de n’importe quoi avec n’importe qui, même si nous ne parlons pas la même langue ! Ici je peux avoir une conversation de 10 minutes en gestes et sourires !

J : Je regarde les gens autour de moi avec beaucoup plus de bienveillance et beaucoup moins d’a priori, car j’ai appris que chaque personne renferme en elle un trésor qu’il faut aller dénicher.

L : Je suis moins méfiante et moins soucieuse. J’ai beaucoup plus de facilités à aller à la rencontre des gens, mais surtout : je suis plus ORGANISÉE :D

R : Ce voyage m’a changée, mais je ne sais pas trop en quoi. Mais ce qui est sûr c’est que je vais être plus curieuse, pour vaincre les clichés auxquels je crois. Et je vais essayer d’avoir plus confiance en les gens et arrêter d’avoir des préjugés.

Ton souvenir le plus fort ?

H : L’au revoir de ce soir avec Rashid. Il nous a prise chacune dans ses bras, nous a remercié d’être venues, les larmes sont montées, je n’avais pas envie de lui dire au revoir… car ce serait certainement un adieu.

J : 6h du matin dans un bus pourri et cabossé, la campagne qui défile à travers la vitre, les filles assises à quelques mètres de moi, la silhouette des baobabs qui se dessine sur le soleil levant, la beauté et la simplicité du Tout.

L : Première soirée à Dar Es Salaam en compagnie d’Edward Lwidiko, président de YUNA, et Lawrence Chuma, autour d’un hamburger au « Best Bite » ! Et qu’au bout de la conversation Lawrence nous illumine, nous parsème les yeux d’étoiles en disant cette phrase que je considérais comme notre slogan : « Create the opportunities ! Grab the opportunities ! ». Première soirée qui a donné le souffle à notre projet.

R : Lorsque nous sommes arrivées dans le village d’Ubaruku, qu’on s’est assises dans l’église. Toutes les personnes présentes ont chanté un gospel magnifique. J’ai eu les larmes aux yeux.

La Tanzanie en un seul mot ?

H – L : Générosité (naturelle et humaine)

J : Chaleur

R : Girafe. La girafe est banale ici mais originale pour nous, comme la Tanzanie pour l’Afrique. Elle est grande et majestueuse, pleine de couleurs pétantes. Elle vit en harmonie avec les animaux qui l’entourent mais domine la savane comme le Kilimanjaro sur l’Afrique.

Laisser son regard vagabonder sur les détails du quotidien, s’imprégner de toutes les voix, de toutes les couleurs, de toutes les odeurs. Ressasser les souvenirs déjà si nombreux. Revoir défiler dans sa tête tous les sourires, tous les délires, tous les moments de doute… et de fatigue aussi. Tous ces moments qui ont donné un sens à nos vies pendant 5 semaines, tous ces moments sur lesquels il est difficile de poser des mots justes, tous ces moments qui resteront gravés dans nos mémoires et qui nous ont donné l’envie de continuer à s’engager encore et encore.

Quatre mzungus heureuses, heureuses, heureuses…

Advertisements

5 réflexions au sujet de « Zanzibar, Stonetown, 15 juillet 2012, dernier jour »

  1. L’aventure touche à sa fin mais ce n’est que le commencement de vos propres aventures.
    En effet, au retour commencera une nouvelle étape de votre voyage en redécouvrant tous ces
    moments de partage remplis de rires ,de sourires.

    Grâce à vous et vos « amis », vous nous avez fait rêvé, voyagé, ému aux larmes………………

    BRAVO
    et merci à Thomas

    Impatients de vous voir

    Asma

  2. Très bel article ! A la fin, j’avais les larmes aux yeux…
    Ne vous arrêtez pas en si bon chemin ! Le doute fait partie de l’aventure et c’est aussi grâce à lui qu’on avance.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s