Les choses simples (Jour 34)

Jour 34. Si près de la fin, dur dur de ne pas se laisser aller aux conclusions, difficile de raconter sa journée comme si elle annonçait encore plein de nouvelles journées et de nouvelles rencontres.

Jour 34, encore une de ces journées folles, incompréhensibles, hésitantes, heureuses, effrayantes, souriantes, dérangeantes, amusantes, troublantes, simples, bourrées d’émotions.

Grosse matinée de travail acharné sur les deux supports finaux principaux de notre reportage (une vidéo de 20min et un petit livret de 8 pages) où nous remettons tout en cause toutes les 10min. A 15h, nous partons pour la presqu’île Mtambwe Mkuu, petit bijou de verdure dans l’écrin de l’océan indien. Rashid avait insisté pour que nous allions voir la vie dans les villages, simplement pour être au courant, et quitte à ce que nous ne rencontrions aucun jeune engagé. C’est donc plutôt incertaines quant à ce qui nous attend que nous enjambons le rebord de la toute petite barque qui nous mène bon gré mal gré à la rive d’en face. Nous investissons le plus grand bâtiment du village et des sentiments que nous commençons à bien connaître nous envahissent : gêne, curiosité mais aussi appréhension… Car le village tout entier s’est rassemblé ici aujourd’hui pour nous accueillir : comme d’habitude, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, qui se penchent aux fenêtres pour essayer de nous apercevoir. Eh oui, c’est la première fois que des mzungus viennent au village ! D’où l’effervescence générale ! Finalement, il y a encore des terres qui n’ont pas été foulées par des pieds de blancs malgré leur folie expansionniste.

La discussion s’oriente rapidement autour des problèmes majeurs du village : l’alimentation en eau, l’absence d’électricité, le difficile accès à l’école et à l’éducation, l’érosion des sols provoquée par les marées,… Ce n’est pas la première fois que cela nous arrive, mais lorsqu’on nous demande ce que nous comptons faire pour les aider, il est toujours difficile et délicat d’expliquer que nous ne sommes que des étudiantes venues dans le but de discuter. Comment comprendre que des étrangers fassent un trajet de plusieurs milliers de kilomètres et prennent la peine de se déplacer dans ce village ignoré de tous les touristes, simplement dans le but de venir parler entre un bananier et une case en terre ?

Comme nous le fait remarquer Hélo, il y a quelque chose de déroutant à songer qu’ici en Tanzanie, quand nous débarquons dans un tout petit village très pauvre sans eau ni électricité, on nous accueille en sourires et en «Karibu» [bienvenue] infatigables, on nous emmène dans la plus belle maison du village, on nous apporte systématiquement des noix de coco, et quand nous partons quelques heures après, on se confond en remerciements ! Comment ne pas être désarmées face à des gens qui n’ont rien mais vous donnent tout et vous remercient ensuite chaleureusement alors que vous n’avez strictement rien fait…?

Nous finissons la journée en dînant avec Amina, Makka et Nadya, trois jeunes femmes que nous avons rencontrées et interviewées avant-hier à l’association de défense des droits des femmes. Les aînées nous ont concocté un repas copieux et délicieux que nous partageons assises en cercle sur une natte en mangeant avec les doigts. A notre grande surprise qui devient un grand plaisir, on nous laisse seules avec les jeunes femmes, et Rashid et Omari qui nous accompagnaient dinent dans une autre pièce. Ne reste que Thomas, qui après 2 semaines de vie commune avec nous est prêt à tout supporter je crois… Que c’est bon de parler de sujets légers que nous n’avions jamais pu aborder avec des jeunes femmes ! Est-ce que tu as un copain ? Est-ce que tu veux l’épouser ? Par quel petit nom l’appelles-tu en swahili ? L’humour et l’amour traversent aisément la barrière de la langue… Que c’est bon, que c’est bon de chanter toutes en choeur Titanic les yeux qui brillent, que c’est bon d’entendre le rire clair d’Amina qui emplit la pièce sans crier gare, et de se dire qu’on se reverra, un jour, d’une facon ou d’une autre… Espérons que d’ici-là, Nadya aura réalisé son rêve et sera devenue gynécologiste…: selon ses dires, cela ferait d’elle la 3e gynéco d’une île qui compte 400 000 habitants..!

En revenant de la presqu’île, avant d’aller dîner, Radia m’a glissé un « Ju, regarde-nous… on est dans une minuscule barque qui vogue sur l’océan indien… t’imagines quand on y repensera dans dix ans…! » J’imagine… J’imagine le balancement de la barque, notre frayeur de tomber à l’eau, les mangroves qui nous entourent… Mais ce que j’imagine surtout, ce sont tous ces sourires pétillants, ces gamins qui nous font de grands au revoir depuis la presqu’île, ces destins croisés,… et par-dessus tout, ces mains tendues, que nous aurons peut-être la chance de serrer de nouveau un jour…

Juliette

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3 réflexions au sujet de « Les choses simples (Jour 34) »

  1. Chères Mzungus, vous nous ferez rêver jusqu’à la dernière minute de votre voyage… Ce dîner intime entre « filles », même si il était moins spontané que conforme aux coutumes locales, restera sans doute un grand moment dans vos mémoires (et bravo à Thomas d’avoir pris de belles photos de ce moment).
    Cela me rappelle ce que disait il y a deux ou trois mois dans un entretien à la radio le chef d’orchestre Myung Wung Chung, Ambassadeur de l’UNICEF : il a été invité par l’UNICEF France à aller en Afrique ; il a d’abord protesté en disant à UF de ne pas dépenser d’argent pour ce voyage, il se sentait bien au courant des problèmes sans avoir à les constater sur place ; UF a insisté et il y est allé ; et maintenant il dit qu’UF a eu raison d’insister car il a rencontré beaucoup de gens sur place, il les a vu dans leurs vies et leur environnement et cela change tout : « le fait d’avoir rencontré ces gens fait que maintenant JE ME SENS LIE A EUX ! »

  2. Bonjour les grandes « mtotos »
    Nous sentons approcher la fin de ce beau voyage dans la distance mais également dans le sens!
    et déjà il va me manquer ce riteuel que j’ai pris d’aller vous suivre sur le blog.
    Il m’a permis de voyager avec vous partageant vos moments de bonheur, de doute et toujours pleins d’émotions…………..
    Je n’ai aucune inquiétude quant à l’appropriation de votre projet en terre de France, il trouvera toute sa dimension parce que aujourd’hui nous sommes tous à chercher un sens à nos engagements et pour ce qui vont s’engager le magnifique voyage du questionnement…………
    Une terre en friche , à semer avec amour pour qu’elle puisse donner le meilleur d’elle même et la terre, dit-on au Maroc,ne donne le meilleur d’elle même que quand on l’aime…………………………..
    Asma

  3. Salut les »Mzungus » vous ne fêtes rêver et voyager avec vous..je pense que ce magnifique voyage restera à vie dans vos mémoires .. vous avez réussi à nous faire partager tous vos moments de bonheur , le plaisir et surtout bos émotions.
    Bravo les filles vous nous manquez …

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