Un voile de tradition ? (Jour 32)

32ème jour, bientôt la fin mais c’est aussi un autre commencement. Nouvelle ville, nouvelles traditions, nouveaux paysages, nouvelles impressions, nouvelles découvertes.

Rashid nous récupère à l’hôtel à 10h ce matin. Un long programme en perspective pour cette journée. Au travers des palmiers, bananiers, « kasaver tree » (plante encore non identifiée mais dont le produit ressemble étonnamment à de l’amande), et cocotiers, nous nous frayons un chemin pour retrouver une équipe de jeunes « fermiers ». En réalité, ce qu’ils appellent fermiers, ce sont ces jeunes âgés de 15 à 25 ans qui s’occupent de cultiver la terre. Très peu d’entre eux sont encore scolarisés en parallèle de leur travail sur cette terre, il est donc difficile de parler encore une fois d’engagement quand en réalité ils en font leur métier, sans qu’il y ait obligatoirement une réelle passion derrière cela. Mais notre temps passé avec eux n’est pas perdu. Leur sourire et leur générosité nous accueillent sans limite. Au milieu de cette flore, nous trouvons quelques maisons, un petit village. Un très beau petit village où j’aurais très bien pu vivre, entourée de tout ce vert, ce vert magnifique, ce vert paisible. Bref, nous sommes ensuite repartis rejoindre une école.

Une classe nous attendait. La première image que j’eus en entrant : la séparation entre les filles à droite, et les garçons à gauche. Cette différence ne fait que nous suivre depuis que nous sommes arrivés à Pemba, et tout au long de cette journée, elle ne va que s’accentuer. Asha, élève qui repasse son examen (équivalent du brevet) en candidat libre, nous confie qu’elle aimerait faire de la danse, mais que les gens se moquent d’elle lorsqu’elle en parle. La danse, cela ne mène à rien, ce sont des chichis. NON. La danse peut t’apporter énormément. Si elle est ta passion, si elle te permet de t’épanouir alors lance-toi !

Après une petite demi-heure à discuter avec ces quelques élèves, dont très peu sont engagés, nous finissons l’après-midi avec Pemba Women Development Organization (PEWDO). Cette association a été montée par des jeunes femmes en 2004 dans le but de regrouper des femmes pour les informer et se battre pour leurs droits. Elles se réunissent 2 fois par semaine autour d’activités professionnalisantes, comme la couture, discutent de leurs droits et interviennent dans certaines familles qui n’envoient pas leurs filles à l’école. Car la priorité, pour le développement de la communauté, pour que la société les écoute, est l’éducation ! Lorsque la communauté sera éduquée, elle écoutera les femmes ! Amina, 20 ans, résume en quelques mots le but de leur combat : « Speak and speak and steak until our voice is heard » (Parler et parler et parler jusqu’à ce que nos voix soient entendues). Ces femmes osent, ont du courage, de la force, et se renforcent en se retrouvant régulièrement au sein de cette association. Même des hommes y travaillent. Leurs actions ont-elles trouvé un premier écho en cela ? Il y a encore beaucoup à faire. Après nos interviews formelles avec elles, nous engageons la discussion et nous en venons à parler de leur voile et de la religion musulmane. Depuis que nous sommes arrivés à Pemba, pas une fille ne se soustrait au voile, quel que soit l’âge, et certaines portent même le niqab.

Ce paysage voilé nous étonne par sa quantité et certaines d’entre nous trouvent qu’il pose une certaine distance entre la population et nous. Mais le voile est dans leur religion, ou du moins dans l’interprétation qu’ils en ont. Certaines d’entre nous ont été étonnées de voir que ces femmes qui se battent pour leurs droits, pour que les hommes les respectent davantage, n’interrogent pas leur voile pour être possiblement un des facteurs de leur inégalité avec les hommes. Avant de poser le pied sur cette île, mes convictions n’épousaient absolument pas les considérations négatives sur le voile, mais lorsqu’aujourd’hui je me retrouve face à des filles, toutes plus timides les unes que les autres et qui remontent même leur voile quelque fois pour se cacher de rire, ou même pour prendre la parole, je me pose des questions. J’ai l’impression que le voile les aide à se confiner dans cette timidité, à se renfermer sur elles-mêmes. Mais cette impression résulte ici peut-être plus de la tradition africaine que de la religion. Quoi qu’il en soit, les traditions affectent généralement davantage les femmes.

Mis à part ces réflexions, le contact avec des femmes nous a fait infiniment plaisir aujourd’hui et la bonté de notre hôte, Rashid Nassor, nous touche énormément.
 Ces Tanzaniens nous manqueront dans quelques jours. Nostalgie, ne commence pas ! Profitons de ces jours qui nous restent sur cette île, profitons de ces rencontres inoubliables qui ponctuent nos journées depuis le 8 juin 2012.

Léa.

PS : Les problemes de connexion se font de plus en plus frequents… et cela durera jusqu’a la fin

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2 réflexions au sujet de « Un voile de tradition ? (Jour 32) »

  1. Problèmes de connexion peut-être mais je ne sais pas comment vous faites pour mettre en ligne votre journal chaque jour ! Cela aussi fait partie de votre réussite. Vous, vous pressentez déjà la nostalgie que vous aurez de ces journées tanzaniennes, et nous, nous savons déjà que votre journal va nous manquer… Mais tout cela restera indélébile dans nos souvenirs.

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