Au pays du clou de girofle et des voiles colorés : Pemba nous voilà ! (J31)

Après un court vol dans un minuscule avion, nous arrivons sur la majestueuse île de Pemba, sur l’archipel de Zanzibar. Finis les chants religieux le dimanche matin en bas de l’hôtel, place aux mosquées et aux multiples voiles de couleur. Rashid, coordinateur de l’association Pemba Youth Initative and Development Organization, nous attend, puis après quelques salutations nous voilà partis pour une journée bien remplie !

Nous sommes accueillis dans une école, pour aller rencontrer les jeunes engagés dans les clubs. YUNA, que nous retrouvons très souvent, le Peace-club, le drama-club… ici en Tanzanie, il est normal que les étudiants soient engagés. Chaque collège/lycée que nous visitons nous étonne : un élève sur deux est engagé, et les clubs sont tous très divers.

La disposition de la classe dans laquelle nous arrivons nous surprend : les filles derrière et les garçons devant. On nous explique vaguement qu’ici on préfère faire comme ça, du fait de la religion notamment. Bien que les jeunes soient tous engagés dans un UN-club, et donc qu’ils ont l’habitude de parler en public, ils sont très timides et nous avons du mal à obtenir des réponses !

La jolie Souhaila, avec son voile rose qui ne cache pas sa beauté, est la seule à avoir assez d’assurance pour se lever et parler de son engagement. Quand on lui demande pourquoi elle s’engage, elle répond avec un immense sourire «because I am a woman, I have to» [car je suis une femme, il le faut !]. Elle nous fait part de son rêve «devenir un modèle pour les femmes tanzaniennes, et pourquoi pas devenir ministre!»

Bien que la fatigue et la faim commencent à se faire sentir, Rashid continue de nous emmener à la rencontre des jeunes autour de l’île. Après avoir visité un atelier de couture, nous arrivons dans une pisciculture où de nombreux jeunes travaillent. Hassan, 20 ans, nous parle de son quotidien : il se lève pour aider son père à la ferme, puis vient à la pisciculture à 10h, puis s’en va jouer au foot. Il a arrêté l’école car il devait travailler pour gagner de l’argent. Sans aucune formation, il se bat pour s’en sortir.

 Cette rencontre a animé une longue discussion entre nous. Est ce que Hassan est engagé ? Est-ce qu’il rentre dans le cadre de notre projet, c’est-à-dire est ce qu’il pourrait donner envie à d’autres jeunes de s’engager ? Mais surtout, que faisons-nous lorsqu’on se retrouve en face de jeunes qui se donnent à fond pour survivre, mais qui n’ont le temps de penser à rien d’autres ?

Pour la première fois, nous sommes confrontés de plein fouet à la pauvreté et la précarité, pour la première fois nous nous demandons si l’engagement n’est pas un luxe...

 Nous finissons par penser que cette rencontre accentue d’autant plus la force de l’engagement de Souhaila. Alors qu’à Pemba l’avenir des jeunes est déjà tracé, et que la majorité travaille dans l’agriculture, certains s’engagent pour apprendre, partager, et s’ouvrir d’autres portes. Ces jeunes-là doivent être encouragés, et surtout ils doivent continuer à aspirer à une autre vie, plus douce…

Nous avons beaucoup d’interrogations, de réflexions et de moments de doute ces temps-ci. Le reportage touche bientôt à sa fin et le travail qui reste à faire est monstrueux. Nous voulons réellement rendre quelque chose de bien, et quelque chose qui pourra servir. Alors qu’avant de partir nous pensions faire une vidéo pour toucher tous les jeunes, aujourd’hui nous nous demandons si notre reportage peut réellement donner envie à tous types de jeunes de s’engager, ou s’il ne faut pas cibler des jeunes en particulier, et sous quelle forme nous devons le présenter. Ces 4 derniers jours vont être décisifs, et très fatiguants. Nous allons nous donner à fond pour aller au bout de notre projet, mais nous le savons dès aujourd’hui : tout ce que nous comptions réaliser ne pourra être fait.

Je vous fais part de nos interrogations ce soir car le temps passe beaucoup trop vite, que ce projet, c’est le projet de notre année et qu’on y croit dur comme fer, mais allons-nous réussir à donner l’envie à seulement un jeune de s’engager ?

Nous sommes quatre mzungu, fatiguées et dévorées par les moustiques, mais nous sommes surtout 4 jeunes filles engagées jusqu’au bout des doigts, qui à 20 ans osent penser qu’on peut changer les choses en s’engageant. Alors nous allons tout donner et y aller jusqu’au bout, parce que si à 20 ans on n’est pas un peu utopique et idéaliste, quand le sera-t-on?

Héloïse

p.s: toutes remarques ou suggestions quant au projet sont les bienvenues :)

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6 réflexions au sujet de « Au pays du clou de girofle et des voiles colorés : Pemba nous voilà ! (J31) »

  1. Eh ! les mémés mzungus ce n’est pas le moment de douter ! Vous avez en mains et dans vos têtes un reportage et des entretiens uniques. Et il y a des jeunes qui vous attendent : les jeunes du CJ11 veulent vous rencontrer à votre retour et vous faire témoigner le 27 octobre pour leur journée de l’engagement.
    Votre engagement est contagieux, l’engagement des Tanzaniens que vous avez rencontrés est exemplaire : vous devrez partager tout cela avec des jeunes ici. Il faut donner du sens à l’engagement : vous avez plein de sens dans les entretiens. Il vous reste à proposer du sens pour l’engagement des jeunes ici, il faut les aider à se fixer une ligne d’action : solidarité ; entraide ; droits ; éducation ; culture. Au choix.
    Continuez, vous êtes presque arrivées au but.

  2. Évidemment, il est compliqué d’arriver avec ses gros sabots et axer vos interviews sur les sujets les plus dérangeants. Depuis le début, vos interviews laissent une grande liberté de parole aux jeunes, je pense qu’il n’y a aucune arrière pensée moralisatrice dans vos portrait, et c’est parfait comme ça.
    Maintenant pour le « bilan » de cette aventure, il me semble plus intéressant d’accorder davantage d’importance à ces jeunes comme Souhaila qui s’attaquent à des problématiques ou ils semblent pour le moment n’avoir que très peu de chance de se faire entendre (égalité des droits entre les hommes et les femmes par exemple). Il est important de montrer l’énergie et la motivation des jeunes en général. Mais le plus stimulant est, à mon humble avis, les causes que l’on dit « perdues » en montrant que l’espoir existe, et qu’il a un avenir lorsqu’il est porté par les jeunes.
    Pour caricaturer, un jeune qui monte une association de foot pour aider les jeunes à s’échapper de la misère quotidienne en s’investissant dans une activité, c’est beau et touchant. Mais je pense qu’un jeune qui milite pour l’égalité des droits entre les sexes – ou pour tout autre évolution sociale qui va à l’encontre des valeurs de la société – va davantage donner envie aux autres jeunes de s’engager. Le combat me semble plus concret. L’un de vos problèmes avant de commencer cette aventure était de faire comprendre aux gens le but de votre action. Plus les exemples seront parlants, plus il sera simple de transmettre votre message.

    • Et quant à l’engagement qui serait un luxe, je suis plutôt d’accord avec cette idée. Si mon avis est partagé avec vous, montrer l’incapacité de ces jeunes à s’engager malgré qu’ils en aient l’envie et aient des idées novatrices peut peut-être servir d’électrochoc à certains jeunes pour prendre conscience de l’importance de s’engager. En definitif, travailler sur ces jeunes qui ne rentrent à priori pas dans votre projet me semble donc être une bonne idée pour donner envie aux jeunes de s’engager :)

  3. Les doutes font partie de tout projet, donc pas d’inquiétude, et en effet, vous avez des témoignages uniques, très illustratifs, pour vous aider à transmettre votre message de l’engagement comme vecteur du changement.
    Il est vrai que la catégorie ‘les jeunes ‘ reste un peu générale et que vous aurez peut-être besoin de catégoriser pour voir qui vous souhaitez sensibiliser à l’engagement et dans quel but. Mais il me semble aussi que vous pouvez témoigner à la fois d’engagements a priori ‘faciles’ (l’exemple du sport) pour donner envie à ceux qui hésiteraient en montrant qu’on peut améliorer certaines choses par des actions simples, et d’engagements difficiles (les causes ‘perdues’) pour montrer que des gens se battent partout dans le monde pour cela et que les jeunes français aussi peuvent avoir l’énergie qu’il faut pour les porter et les faire avancer!

  4. Le parallèle peut vous paraître surprenant. C’est celui qui me vient à l’esprit en vous lisant. Vous êtes assaillies des mêmes doutes que j’éprouve à la veille d’une course (à pied ou de montagne) : quel résultat ? .. après tous ces efforts. En fait, si j’en juge par mon expérience, vous avez déjà obtenu 90% du résultat. Le reste, comme la course, n’est qu’une concrétisation, une résultante. Et si l’on en juge par la richesse de votre moisson, et la richesse de vos questionnements aussi, le résultat est déjà là en filigrane. Et je suis d’ores et déjà convaincu que vous, et tous ceux qui vous ont accompagnées, vous accompagnent et continueront de vous accompagner, en retireront des bénéfices, des leçons et un « grandissement » durables. Just let it be ! You made most of it !

  5. Salut les filles,
    Je vous ai déjà laissé un commentaire, il y a quelques temps vous promettant de revenir vers vous pour vous proposer quelque chose. Héloïse, je t’en avais déjà parlé. J’organise une conférence intitulée « Un jeune dans l’humanitaire » en tant que présidente de l’association humanitaire de mon école d’ingénieurs, l’EPF à Sceaux (92). Certes les temoignages d’engagement que vous avez recueillis ne sont pas tous ciblés dans l’humanitaire mais votre expérience peut, et j’en suis persuadée, donner le déclic à certains ingénieurs qui ne savent pas très bien ce qu’ils font là. La conférence a lieu le 18 septembre prochain et je suis justement à cours d’intervenants, si ça vous dit, let me know :)
    Bon courage pour la fin de l’aventure !

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