Le regard d’un père (Jour 24)

« Tic Toc », il est 6 heures du matin, la journée commence pour les mzungu-reportères, mais comme me dit mon père « la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt » ! Ce sera une belle journée, pleine de rencontres et de surprises, une journée qui nous a encore imprégnées de toute cette splendeur africaine.

Nous partons pour Karatu à la rencontre de Mister Lazaro, président du Conseil Général de Karatu. Le bus est plein, comme toujours. Mais que j’aime ces longs trajets dans les plaines tanzaniennes. Hier nous avons aperçu le Kilimandjaro, aujourd’hui nous nous émerveillons devant les villages Masaï avec leurs girafes et le magnifique Mont Meru. La promiscuité avec les autres nous oblige à la conversation. C’est donc dans le bus que nous rencontrons le plus de personnes, que nous parlons de tout et rien. Il n’y a jamais un trajet où nous ne nous faisons pas un ami, ni échangeons mail et téléphone. Bref, le bus fatigue, mais le bus réveille aussi.

Mister Lazaro est un grand homme. Tant par sa taille et sa posture que pas son engagement et son dévouement pour son district. Il est calme, tout en étant animé par ce désir de changement, de « bombe »… de révolution. Il nous dit d’un ton sérieux que les jeunes vont se révolter très bientôt, vraiment très bientôt… Pourquoi ? C ‘est pourtant simple. Il faut que ces jeunes aient une vie meilleure, qu’ils aient un emploi, de quoi manger et qu’ils puissent tous aller dans une bonne école.  Quand on lui dit que la révolte doit conserver cette belle paix tanzanienne, il nous répond qu’il n’y a pas de paix ici, il y a trop de colère dans les cœurs tanzaniens. Comment voulez-vous être en paix lorsque vous travaillez chaque jour pour survivre, lorsque vous ne pouvez envoyer vos enfants à l’école, lorsque vous êtes seul à 12 ans dans la rue à faire la manche pour manger ? Il n’y a pas la paix dans les cœurs tanzaniens, ça non. Déboussolées, nous lui demandons s’il y aura la paix après cette révolution, il nous répond avec son air de grand sage africain : « you can’t see what is behind the mountain ».

Lazaro fait partie de ces adultes qui se battent pour la jeunesse mais leur laisse toute la place. Quand on lui pose une question, et que sa fille de 19 ans répond à sa place, il la regarde avec fierté et la laisse parler. Quand on lui demande s’il prendra part à la révolution qui arrive, il nous dit qu’il est vieux maintenant, que c’est aux jeunes de la faire, mais qu’il sera là pour les soutenir. Bref,

Lazaro fait partie de ces personnes qu’on admire au fond de nous pour leur sagesse et leur bonté. En rentrant, je comprends mieux la phrase de mon voisin de bus ce matin « oh mais Lazaro, c’est un homme vraiment bien. C’est l’ami de tout le monde ici » !

Cette journée fut aussi la rencontre avec deux professeurs de collège. Alors qu’avant de partir je riais jaune sur les journées d’absence des enseignants dans le sud de la France, aujourd’hui mon cœur battait à entendre ces deux hommes passionnés par leur travail. Nico et Faraji nous accueillent avec le sourire, ils nous parlent de leur travail, enfin, de leur engagement dans leur travail. En effet, un professeur en collège gagne environ 100 euros par mois, sachant que la vie ici est chère. Un kilo de riz ou de sucre coûte 1€ et un litre de lait 2€. Comment font ces deux enseignants ? C’est simplement leur passion d’enseigner qui les guide, et ils se disent que s’ils ne le font pas, alors qui le fera ? Ici, le plus gros problème pour la jeunesse, c’est ce manque abyssal de professeurs, ce manque chronique d’investissement dans l’enseignement  qui est pourtant la clé du développement (dans ce collège, il y a 1 livre de mathématiques pour 10 collégiens).

Nous rencontrons également cinq jeunes filles engagées dans une association pour la protection de l’environnement. Dans ce collège, 1 élève sur 2 fait partie d’un club correspondant à son « talent », comme nous l’explique Nico. Leur engagement leur permet de développer ce talent afin de les aider à se construire, ils font ce qu’ils  aiment, le partagent avec les autres, se construisent, construisent les autres… Lorsque nous demandons à Suzane s’il l’engagement est important, elle répond « yes », au pourquoi, elle dit simplement « love ». Son anglais approximatif résume parfaitement cette beauté de l’engagement : les jeunes partagent ce qu’ils aiment pour le faire aimer aux autres.

Héloïse, futur chauffeur de bus entre Arusha et Karatu (ouioui aujourd’hui j’ai fait mes premiers kilomètres tanzaniens, et j’y ai pris goût!)

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3 réflexions au sujet de « Le regard d’un père (Jour 24) »

  1. Bonjour les filles!!!!
    La réponse à tout cela l’engagement, l’espoir……serai ce simplement l’AMOUR qu’on peut avoir pour son prochain?
    Au delà de l’économie, le développement peut-on imaginer un curseur d’amour à la bourse de Paris, New York,…………….. pour rétablir ces déséquilibres ?
    Encore une journée de réflexion grâce a vos commentaires !
    Continuez les filles vous faites de magnifiques ambassadrices !
    Asma

  2. Imaginons et faisons que « ce curseur d’amour » soit facteur amplicateur ou non sur les actions, obligations… sur les places du monde. La valeur de l’action tiendrait compte de résultats d’indices tels le « bien-être des salariés », la qualité de l’environnement restitué, des compensations éventuelles… Ayons foi en ce monde tel que nous souhaitons qu’il soit !

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