Traditions un jour, traditions toujours ? (Jour 18)

Pour la première fois depuis que nous sommes en Tanzanie, nous nous rendons dans un village, Ubaruku, situé à 2 heures de Mbeya. 70% de la population tanzanienne vit dans des villages, il est donc important que nous y pointions le bout de notre nez.

En arrivant, tout le village nous accueille dans leur église, décorée comme pour célébrer un mariage. Quelle émotion lorsque nous traversons la grande pièce, pour rejoindre les chaises et l’estrade magnifiquement décorées, « arc-en-ciellement » colorées. Les gens du village accordent tellement d’importance aux étrangers qui viennent les visiter, tant les venues sont rares. Ils commencent leur messe en Swahili : des chants énergiques et splendides, qui nous émeuvent jusqu’au plus profond de nous, quelle que soit notre religion, nos croyances, notre Dieu. Ce n’est pas seulement un événement religieux, mais cela fait aussi partie de leur culture, de leurs traditions. Après ce petit moment, nous échangeons avec tous les villageois présents dans l’Eglise : hommes, femmes, enfants, jeunes, plus âgés…  Tous ne participent pas à la conversation, mais ils écoutent d’une oreille très attentive. J’ai réellement admiré certaines de ces femmes présentes dans cette salle. Si elles n’ont pas toutes parlé, certaines se sont levées, confiantes, souriantes, sûres d’elles, et affirment haut et fort qu’elles fournissent beaucoup plus de travail que les hommes en pratique, et qu’on pourrait même dire qu’elles sont devenues le chef de la maison. Les hommes réagissent avec humour, mais sans nier ces propos qui semblent être une réalité aux yeux de tous. Pourtant, très très peu de place est laissée aux femmes dans la société tanzanienne ! (Nous ferons un zoom sur ce sujet très bientôt.) L’une de ces femmes, Daniela, est maîtresse d’école depuis 20 ans, et a aujourd’hui 46 ans. Elle dit que si elle s’est consacrée aux enfants, c’est pour assurer leur avenir, leur devenir, car ils sont le futur de nos Nations, les jeunes de demain. « Il y a peut-être un futur président parmi mes élèves ! Qui sait ? ». Il faut donc les éduquer. L’éducation est le maître mot dans toutes les discussions que nous avons pu avoir jusque maintenant.

Les femmes nous ont préparé un délicieux repas, et après les avoir remerciées nous nous rendons à l’industrie du riz, une des industries qui fait vivre le village. Artur nous explique tout le processus : de la récolte du riz à sa mise en vente. Mais dans ce paysage, de petits êtres hauts comme 3 pommes ressortent au milieu de cette atmosphère rizière : ce sont des enfants ! Des enfants qui viennent ici depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil, ou d’autres qui ont la chance d’avoir une éducation scolaire et qui s’y rendent après l’école. Ils ne sont absolument pas payés de la même manière que les adultes qui fournissent le même travail qu’eux dans la journée ! Chaque sac de riz porté sur leur dos et transporté jusque l’endroit voulu leur rapporte 300 Shillings. Un garçon de 13 ans nous dit qu’il peut en transporter 10 par jour. Son salaire journalier est donc de 3000 Shillings, soit 1,5 Euro. Nous posons un tas de questions aux hommes qui nous accompagnent et nous font visiter l’industrie sur les enfants qui travaillent ici : « Ils ne vont pas à l’école ? Combien gagnent-ils ? ». Ils nous répondent très naturellement, parce que le travail des enfants ici est chose commune. Je ne sais pas s’ils ont perçu la tristesse, l’étonnement, et l’indignation sur nos visages, que nous essayons ou pas de cacher. On a beau lire ces faits sur le papier depuis Paris, cette vision sur place, devant eux, nous choque tout autant que si nous découvrions cette exploitation des enfants.

Comme l’a dit Daniela, ces enfants sont la jeunesse de demain. Il faut que leur enfance soit prise en considération, qu’elle soit préservée, éduquée, afin qu’ils puissent s’épanouir durant leur jeunesse. Peut-on le crier sur tous les toits ?

Si les mentalités ont évolué depuis 20ans, si les hommes africains reconnaissent que maintenant certaines considérations, certains comportements n’ont plus lieu d’être, ils continuent de les perpétrer car « c’est la tradition ». Même si la tradition n’a plus de sens aujourd’hui, elle reste une TRADITION, sacrée, bonne, intouchable, irréfutable, forte.

Léa

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2 réflexions au sujet de « Traditions un jour, traditions toujours ? (Jour 18) »

  1. La TRADITION encore omniprésente… Mais il faut regarder derrière l’écran de fumée de la tradition : les hommes ne font pas grand’chose, alors pourquoi pas récolter le riz et le transporter ? Sans doute parce qu’aucun homme n’accepterait de n’être payé que 1,50 euros par jour : un tel salaire c’est bon pour un enfant… La tradition ne serait-elle qu’un auxiliaire de l’économie ?

  2. Milles mercis Léa pour ce bel article qui me laisse bien pensive, parce que comme toi j’ai envie d’être en colère contre le travail des enfants mais au même temps je me pose la question : existe-t-il une alternative??
    J’ose me dire que le goût du travail peut peut être s’acquérir par cette expérience mais on souhaiterai tellement que cela soit uniquement « en vacances » par exemple pour se faire un peu d’argent « de poche » mais vois tu les mots ont une double face : dans un contexte de pléthore et à l’opposé dans un contexte de survie……………..
    Je m’en vais ainsi réfléchir sur votre journée avec tout ce que la terre africaine vous a offert de beau et parallèlement elle vous a rattrapé par la dureté de la vie qu’elle vous présente dans la même journée…………..
    Merci encore de nous faire partager ces moments d’échange qui restent uniques

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