« Love is contagious, you have to infect people with love » Artur (Jour 17)

Ce soir, je n’ai pas de mal à prendre la plume tellement la journée a été belle et simple. Nous nous levons sous un beau ciel bleu et une température agréable, puis nous partons sur les pas de l’association d’Arthur : Youth Build Future. Tout au long de la journée, nous essayons d’en apprendre un peu plus sur notre hôte, et chaque découverte nous émerveille un peu plus. Arthur est un homme très gentil et vraiment passionnant.

Il est midi, nous venons de sillonner Mbeya et arrivons au point de rendez-vous. Nous allons assister à un forum tenu par des jeunes où ils discutent de leurs droits. Une cinquantaine de jeunes entre 19 et 30 ans nous attend avec impatience. La majorité n’a pas d’emploi, mais ils veulent quand même changer les choses tout en trouvant une petite source de revenus pour survivre au jour le jour. Ils nous demandent de nous asseoir en face d’eux sur quatre chaises pré-disposées.

La discussion s’engage très vite, les questions fusent, les interrogations aussi. Chacun à notre tour, nous nous étonnons des droits de l’autre. « Quoi ? C’est gratuit d’aller à l’école, même à l’université ? Mais comment fait l’Etat pour tout payer ? » nous demandent-ils. « Non ! Vous n’avez pas le droit de manifester ? Comment est-ce possible ! » nous étonnons-nous. La discussion dure deux bonnes heures, nous avons à peine le temps de poser des questions tellement ils veulent en savoir plus sur la France et sur nous.

Assise en face d’eux, je m’étonne de leur curiosité et de l’intérêt qu’ils portent à quatre jeunes françaises. Je suis fascinée par ces yeux écarquillés lorsqu’on parle d’université. Ici, l’éducation coûte très cher. Une année d’université publique coûte en moyenne 1000$ par an, sachant qu’une famille de fermiers gagne en moyenne 150$ PAR AN. Faites un rapide calcul, maintenant imaginez-vous que le taux de fécondité par femme est de 4,6; vous comprenez donc que TRES peu de Tanzaniens ont la chance de faire des études.

En janvier 2012, à Mbeya, les jeunes ont manifesté parce qu’ils n’avaient pas de travail, et aucune aide pour s’en sortir. Le gouvernement a demandé à l’armée de réprimer la manifestation, ce qui entraîna la violence. C’est pourquoi les jeunes de Mbeya ont eu envie de parler entre eux de leur droit et de s’unir pour être réellement écoutés par le gouvernement. Ils veulent qu’on leur laisse une chance et qu’on leur fasse confiance. 

La discussion dévie sur les jeunes en politique. Nous ne savons quoi répondre, nous n’en savons rien. En rentrant, nous courons sur google, et les chiffres nous stupéfient : 2,6% des parlementaires français ont entre 30 et 40 ans. AUCUN n’a moins de 30 ans (à part Marion Le Pen du FN) ! Ici, environ 10% des parlementaires ont moins de 30 ans. Que faut-il en tirer ? Je ne sais pas. J’ai juste l’impression que faire confiance aux jeunes dans la politique illustre bien la place qu’on est prêt à leur laisser, et l’image qu’on a d’eux. En France, nous sommes persuadés qu’il faut de l’expérience pour pouvoir prendre réellement part aux décisions, mais ne serait-ce pas mieux si nous faisions un mixte entre la jeunesse, son envie de changer les choses, sa force, son ambition et sa folie et les adultes, avec leur raison, leur expérience et leur sagesse. Avec 20% de Français ayant moins de 20 ans, il est nécessaire que nous prenions réellement en compte leur avis, et qui mieux qu’un jeune de 25 ans pour les représenter?

Je voulais absolument finir cet article par notre long diner de ce soir. Comme je vous le disais, Arthur nous accueille avec énormément de générosité, nous apprenons peu à peu à connaître cet homme et sa famille. Ce soir, le sujet principal est l’Afrique. « Le gros problème de l’Afrique, c’est l’Europe et les Etats-Unis » commence Artur. Il nous explique que nous ne faisons que « diviser l’Afrique pour mieux la contrôler », que l’Union Africaine ne pourra pas fonctionner tant que les occidentaux empêcheront une bonne coopération entre les pays africains, que les Anglais fixent le prix du thé, les Américains le prix du diamant et empêchent ainsi les Africains de contrôler pleinement leurs ressources, mais surtout lorsque je lui parle d’un futur utopique où l’Europe regardera l’Afrique d’égal à égal, il nous dit sans mâcher ses mots « hum, vous serez pauvre, car nous sommes tellement riche en Afrique ». C’est vrai, mais c’est dur de l’entendre de sa bouche.

Il finit la discussion en nous disant simplement qu’il faut que le racisme cesse, ce racisme moderne et plus vicieux que nous côtoyons tous les jours. Il faut arrêter de voir les Africains comme des pauvres qui veulent à tout prix venir vivre en France, il faut considérer les Africains comme des hommes au coeur pur simplement. Enfin, il nous parle de l’amour, du vrai amour. De celui que les hommes devraient avoir au fond de leur coeur. De l’amour que chacun d’entre nous devrait ressentir pour n’importe quel être humain. Oui, nous devrions simplement apprendre à nous aimer, et le monde serait plus beau, car l’amour est contagieux, il suffit donc d’infecter le monde d’amour pour apporter le changement.

C’est donc pleine d’amour et d’espoir que je vais me coucher, me promettant intérieurement d’apprendre à aimer les autres sans condition.

Héloïse

Publicités

2 réflexions au sujet de « « Love is contagious, you have to infect people with love » Artur (Jour 17) »

  1. Avec une espérance de vie de 51 ans, il semble assez logique que l’âge moyen des parlementaires tanzaniens soit moins élevé qu’en France. Si on relativise ces chiffres avec l’espérance de vie et l’âge des parlementaires en France, je ne suis pas sûr que la Tanzanie fasse réellement plus confiance à ces jeunes que la France… Et dans un pays tel que la Tanzanie où vous décrivez – selon les extraits des interviews – un milieu politique encore gangréné par la corruption, l’image du vieux sage bourré d’idéaux me semblerait plus adaptée que celle du jeune fougueux, encore un peu « inexpérimenté » et peut-être plus enclin à être attiré par l’argent de la corruption… Ca c’était pour apporter un autre point de vue afin que ce blog reste apolitique :p
    Pour le reste, continuez, vous nous faites rêver avec vos récits!

  2. Encore un beau portrait, celui d’un homme généreux et pragmatique dont les actes sont guidés par la foi dans la jeunesse. Et la question nous vient à l’esprit, incontournable : il y a ici dans nos villes des femmes et des hommes qui lui ressemblent : mais où sont-ils, qui peut nous dire où ils se trouvent, comment peuvent-elles/ils découvrir avec qui s’engager ? Voilà du boulot à votre retour…
    Daniel

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s